
KINSHASA NETTOYÉE PAR LE SERVICE NATIONAL : UNE SOLUTION PALLIATIVE À REVOIR POUR PLUS D’EFFICACITÉ ET DE STRUCTURATION
Le nettoyage de Kinshasa par le Service national constitue une bonne résolution, mais cette solution reste insuffisante et informelle dans le fond pour rendre durablement nos villes propres. Le Congo Libre propose une meilleure structuration à travers une loi sanitaire nationale, un plan national d’éducation sanitaire et la reconnaissance légale du Service national comme Police sanitaire.


Une bonne initiative, mais une réponse encore insuffisante
Monsieur le Président de la République,
Votre décision de mobiliser le Service national pour contribuer au nettoyage de la ville de Kinshasa constitue une bonne résolution face à l’urgence de l’insalubrité qui touche notre capitale. Cette initiative démontre une volonté de s'attaquer concrètement à un problème qui affecte quotidiennement la population.
Cependant, cette solution demeure insuffisante dans son fonctionnement actuel, encore trop informelle pour permettre de rendre durablement nos villes propres.
La question que nous devons donc nous poser est simple : comment transformer cette initiative ponctuelle en une véritable politique nationale d’assainissement, structurée, permanente et efficace ?
Primo, Pourquoi cette solution reste-t-elle insuffisante ?
1. Une intervention encore limitée à une partie de Kinshasa
La première faiblesse est d'ordre opérationnel.
Même avec 4 000 travailleurs motivés, il serait difficile de nettoyer quotidiennement l'ensemble de la ville de Kinshasa. La capitale est vaste, densément peuplée et confrontée à des problèmes d'insalubrité dans de nombreux quartiers.
Une mobilisation limitée à certaines zones ne peut donc pas, à elle seule, garantir une propreté durable de l'ensemble de la ville.
Cette réalité montre qu'il faut aller au-delà d'une intervention localisée et penser à une véritable organisation permanente de l'assainissement à l'échelle nationale.
2. Des règles de conduite qui restent insuffisamment encadrées
Le Général Kasongo communique de nouvelles règles de conduite destinées à lutter contre les comportements qui favorisent l'insalubrité.
L'objectif est compréhensible et nécessaire. Toutefois, ces règles doivent être accompagnées d'un cadre légal clair.
Il ne suffit pas de demander aux citoyens de ne plus jeter les immondices dans les rues. Il faut également définir officiellement les règles sanitaires applicables dans les villes, les faire connaître à la population et déterminer clairement les sanctions en cas de violation.
Une politique aussi importante ne devrait pas reposer uniquement sur des consignes opérationnelles ou des interventions ponctuelles. Elle doit être soutenue par des textes légaux et réglementaires clairement établis.
3. Le risque lié aux arrestations des inciviques
Une autre question mérite d'être soulevée : celle des interventions contre les personnes qui jettent des immondices dans les rues.
Les agents du Service national peuvent être confrontés à des citoyens qui violent les règles d'assainissement et, dans certains cas, procéder à leur interpellation. Mais ces interventions doivent être encadrées par la loi et réalisées par des agents disposant des compétences et de la formation nécessaires.
Lorsque les pouvoirs d'interpellation ou de sanction ne sont pas clairement définis, le risque de dérapages et d'abus existe.
Il est donc indispensable que chaque acteur connaisse précisément ses responsabilités, ses limites et les procédures à suivre.
4. L'absence d'une véritable éducation sanitaire nationale
Le problème de l'insalubrité ne peut pas être résolu uniquement en nettoyant les rues. Il faut également apprendre à la population à ne plus les salir. Or, notre pays a besoin d'un véritable plan national d'éducation sanitaire destiné à toutes les catégories de la population : mamans, papas, enfants, élèves, étudiants et citoyens de manière générale.
Chaque Congolais devrait connaître les règles de conduite sanitaire applicables dans son environnement, comprendre pourquoi elles sont nécessaires et connaître les conséquences liées à leur violation. L'éducation doit donc accompagner l'action sur le terrain.
En résumé, l'intervention actuelle du Service national constitue une réponse utile à une situation urgente, mais elle demeure palliative, partielle et insuffisamment structurée.
Pour obtenir des résultats durables, il faut passer d'une opération de nettoyage à une véritable politique nationale d'assainissement.
Ce que nous proposons
Ainsi, nous proposons, cher Président de la République, de mettre sans tarder en œuvre les mesures suivantes.
1. Faire adopter une loi sanitaire nationale pour les villes
Le pays devrait se doter d'une législation sanitaire nationale établissant des règles claires concernant la propreté, l'hygiène et l'assainissement des espaces urbains.
Cette loi devrait également déterminer les responsabilités des autorités publiques et des citoyens, ainsi que les sanctions applicables lorsque ces règles sont violées.
Il ne s'agit pas simplement de sanctionner les citoyens. Les autorités qui ne respecteraient pas leurs obligations en matière d'assainissement devraient également pouvoir être tenues responsables.
2. Mettre en place un plan national d'éducation sanitaire
Une politique nationale d'assainissement doit commencer par l'éducation.
Des cours et des programmes de sensibilisation devraient être développés pour les citoyens, les enfants, les élèves et les étudiants afin de leur enseigner les règles sanitaires à observer dans leurs villes.
Cette éducation pourrait être intégrée au système scolaire et, pourquoi pas, faire partie des matières ou des connaissances évaluées dans le cadre de l'Examen d'État.
L'objectif serait de créer progressivement une véritable culture nationale de la propreté.
3. Reconnaître légalement le Service national comme une police sanitaire
Nous proposons également que le Service national soit légalement reconnu comme une Police sanitaire, c'est-à-dire une institution nationale spécifiquement chargée de contribuer à l'assainissement et à la protection sanitaire des espaces urbains.
Cette institution devrait disposer d'une structure claire, d'un personnel formé, d'un cadre légal précis et d'un fonctionnement permanent.
Son organisation pourrait fonctionner sur une base de 24 heures, avec des équipes travaillant de jour comme de nuit, afin d'assurer une présence permanente sur le terrain.
Un budget trimestriel devrait également être prévu afin de financer les opérations, garantir les équipements nécessaires et assurer régulièrement la rémunération des travailleurs.
Chaque grande ville du pays pourrait disposer d'un bureau principal du Service national, avec des agents locaux affectés quotidiennement aux opérations d'assainissement.
Cette approche permettrait de transformer le Service national en une institution mieux structurée, mieux encadrée par la loi et davantage professionnalisée.
Surtout, elle permettrait de créer un équilibre entre éducation, prévention, intervention et sanction.
Le citoyen ne serait pas simplement confronté à une sanction. Il aurait d'abord été informé des règles, formé à leur respect et sensibilisé à l'importance de préserver son environnement.
Le Service national, de son côté, disposerait d'un mandat légal clairement défini et pourrait exercer ses responsabilités dans un cadre mieux accepté par la population.
C'est dans cette perspective que Le Congo Libre, en tant qu'agence citoyenne indépendante de soutien à la République, formule cette proposition.
Nous avons dit.
Notre pays, Notre responsabilité
Le Congo Libre

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